Alice Girard - Professeure de yoga, pilates et souplesse
Quelles sont tes formations ?
Je me suis formée au yoga à partir de 2018, après avoir découvert la pratique par hasard à la suite d’une blessure au genou. Je n’étais ni souple, ni particulièrement sportive, et j’avais très peu conscience de mon corps. Ça a justement été le début d’une immense curiosité : comprendre le corps, explorer ses possibilités et découvrir tout ce qu’il était capable d’apprendre et de transformer.
Au fil des années, je me suis formée au yoga, à la souplesse, à la mobilité, au renforcement, au Pilates et aux pratiques somatiques, au yoga sensible aux traumas. Toutes ces explorations ont progressivement donné naissance à ma méthode : The Softness of Flexibility.
Mais mes voyages, les personnes que j’ai rencontrées et les centaines d’élèves que j’ai accompagnés ont probablement autant façonné mon enseignement que mes formations.
Avant, j’ai fait mes études en management des organisations culturelles et histoire de l’art. J’ai travaillé dans les musées puis en tant que cheffe de projet et directrice artistique en agence de publicité.
Quel(s) style(s) de yoga enseignes-tu ?
Principalement du Vinyasa, mais mon enseignement s’est progressivement libéré des cases.
J’y mêle yoga, souplesse, mobilité, Pilates, renforcement, pratiques somatiques et méditation.
J’aime construire mes cours comme des voyages : partir d’un endroit, explorer différentes sensations, ouvrir progressivement de nouveaux espaces et parfois arriver quelque part où l’on ne pensait pas pouvoir aller.
Parfois, on vient simplement travailler une posture et on repart en ayant rencontré une partie de soi que l’on n’avait pas écoutée depuis longtemps.
C’est cette dimension du yoga qui me fascine.
Comment définirais-tu ton approche du yoga ?
Comme une exploration sensible de soi, du corps physique au plus subtil.
Le yoga m’a d’abord appris à connaître mon corps. Puis, doucement, il m’a appris à me connaître moi.
Dans mes cours, j’invite beaucoup à ressentir, à observer, à essayer. À remplacer parfois le « je n’y arrive pas » par « qu’est-ce que je peux explorer ici ? ». J’aime accompagner les élèves vers leurs limites, mais jamais les pousser contre elles. Pour moi, la douceur et le dépassement ne sont pas opposés. On peut avoir envie d’aller plus loin tout en respectant profondément l’endroit où l’on se trouve aujourd’hui.
Et peut-être que le yoga est simplement ça pour moi : apprendre à être suffisamment présent à soi pour pouvoir rencontrer pleinement le reste du monde.
Qu’est-ce qui rend ton enseignement unique ?
Je pense que c’est cette rencontre entre le physique, le sensible et le subtil.
J’aime énormément la technique. Comprendre pourquoi une posture fonctionne, travailler précisément la mobilité, renforcer, gagner en amplitude, sentir concrètement son corps évoluer.
Mais ce qui m’intéresse derrière tout ça, c’est la personne : la façon dont elle habite son corps. La façon dont elle se parle. La manière dont elle réagit face à une limite. Sa capacité à ressentir, à faire confiance, à lâcher un peu le contrôle.
La souplesse est devenue pour moi bien plus qu’une qualité physique. C’est une manière d’explorer notre rapport à nos limites, à la confiance, au contrôle, à l’inconnu. Une invitation à créer de l’espace là où nous nous étions peut-être habitués à nous sentir à l’étroit.
C’est de là qu’est née The Softness of Flexibility : une méthode qui utilise le yoga, la souplesse, le renforcement et les pratiques somatiques comme autant de portes d’entrée vers soi.
Non pas pour devenir quelqu’un d’autre mais peut-être pour enlever doucement quelques couches et revenir à quelque chose de plus authentique.
À quoi ressemble une retraite avec toi ?
À une parenthèse hors du temps.
J’accorde évidemment énormément d’importance aux pratiques, mais je crois que les transformations se passent aussi dans tout ce qu’il y a autour. Un lever de soleil. Une longue table partagée. Une conversation inattendue. Une balade à cheval. Un silence. Un paysage immense. Une rencontre avec quelqu’un que l’on n’aurait probablement jamais croisé dans notre quotidien.
J’aime créer des expériences où l’on pratique beaucoup, où l’on apprend et où l’on se dépasse, mais où l’on prend surtout le temps d’être.
Et quelque chose de très particulier se passe lorsque l’on ralentit ensemble. Les masques tombent un peu. Les conversations deviennent plus vraies. Des personnes qui étaient étrangères quelques jours auparavant se reconnaissent dans les histoires les unes des autres.
Je crois énormément à cette médecine-là aussi : la connexion humaine. Créer des espaces où chacun peut arriver exactement comme il est, être vu, être accueilli et, pendant quelques jours, se souvenir qu’on n’est jamais aussi seul qu’on peut parfois le croire.
3 mots qui résument ce que t’apporte l’enseignement du yoga :
Connexion. Liberté. Sens.
Connexion à moi, aux autres, et à quelque chose de plus grand que moi.
3 mots que t’inspirent tes élèves :
Courage. Vulnérabilité. Humanité.
Parce qu’ils pensent souvent que c’est moi qui leur apprends quelque chose, alors qu’ils m’apprennent énormément.
Ton mantra du moment (ou pour la vie) :
Softness is not weakness.
J’ai longtemps associé la force au fait de tenir, de continuer, de faire plus.
Aujourd’hui, j’apprends que la force peut aussi être de ralentir. De rester ouverte quand notre premier réflexe serait de nous fermer. De demander de l’aide. De changer d’avis. De poser une limite. D’accepter de ne pas tout comprendre.
Il faut parfois beaucoup plus de courage pour rester doux que pour se durcir.
Ta posture favorite :
La posture du danseur royal Natarajasana.
J’aime tout ce qu’elle représente : l’équilibre entre force et souplesse, stabilité et ouverture, ancrage et expansion.
Un pied profondément relié à la terre pendant que tout le reste du corps cherche de l’espace.
Je crois que c’est une image assez juste de ce que je cherche aussi en dehors du tapis : être suffisamment ancrée pour pouvoir rester libre.
Ta posture redoutée :
Les flexions vers l’avant.
Ton signe astrologique :
Balance
Tes racines (d’où viens-tu, ce qui t’a construit) :
Je viens d’un hameau d’une cinquantaine d’habitants en Savoie, entouré de montagnes. Je crois que grandir dans un endroit aussi petit m’a paradoxalement donné une immense envie de découvrir le monde.
Aujourd’hui, je reste profondément attachée à mes racines, mais une grande partie de ce que je suis s’est construite ailleurs.
Dans les pays que j’ai traversés. Dans les maisons où l’on m’a accueillie. Dans les conversations partagées sans toujours parler la même langue. Dans les façons de vivre, de croire, d’aimer et de regarder le monde que j’ai découvertes.
Voyager m’a appris que plus je rencontre l’autre, plus quelque chose en moi devient vaste. Et paradoxalement, c’est souvent très loin de chez moi que j’ai appris à revenir à moi.
Un·e mentor ou figure qui t’a inspirée dans le yoga (ou ailleurs) et pourquoi ?
Je serais incapable de citer une seule personne.
Mon enseignement est un mélange de tout ce que j’ai appris auprès de mes professeurs, mais aussi de mes élèves, de mes voyages, de mes lectures et des personnes que la vie a mises sur mon chemin.
Je crois énormément aux rencontres. Certaines personnes traversent notre vie pendant quelques années, d’autres quelques heures, et pourtant elles peuvent complètement déplacer notre manière de voir le monde.
Tes passions hors yoga :
Les chevaux, les voyages, écrire, photographier, créer des projets, découvrir de nouvelles cultures et rencontrer des personnes qui ont grandi avec une vision du monde complètement différente de la mienne.
J’aime particulièrement les moments où les barrières habituelles disparaissent : ne pas parler parfaitement la même langue et réussir quand même à rire ensemble, partager un repas avec des inconnus, galoper au milieu de nulle part, écouter quelqu’un raconter son histoire.
Et plus largement : tout ce qui me fait me sentir vivante, libre et reliée.
Une habitude ou un petit plaisir coupable à nous partager :
Alors je plaide coupable : un bon fromage et un bon vin
Un ou plusieurs livres qui ont marqué ton chemin :
All about Love de Bell Hooks.
Parce qu’elle parle de l’amour bien au-delà de l’amour romantique : comme une pratique, une responsabilité, une manière d’être en relation avec soi-même, avec les autres et avec le monde.
Un ou plusieurs films, documentaires ou séries qui t’inspirent :
Je suis beaucoup plus touchée par les histoires vraies et les documentaires que par la fiction, particulièrement lorsqu’ils parlent de voyages, de cultures ou de personnes qui ont choisi de vivre autrement.
Tout ce qui agrandit un peu ma perception du monde m’inspire.
Si tu n’étais pas prof de yoga, tu serais…
Dans une autre vie, j’aurais probablement un lieu quelque part dans la nature, rempli de chevaux, de grandes tables, de gens de passage et d’histoires venues d’un peu partout.
Un endroit où l’on viendrait pour ralentir, manger, parler, créer, respirer, se rencontrer.
Donc finalement… peut-être pas si éloigné de ce que je fais aujourd’hui.
Ou alors je travaillerais au sein d’une ONG quelque part dans le monde.
J’ai besoin de sentir que ce que je construis me relie aux autres et contribue au monde qui nous entoure.
Qu’est-ce qui t’a donné envie de rejoindre l’aventure Yogascope ?
La possibilité de créer des espaces de rencontre.
Après plus de 60 retraites enseignées, j’avais aussi envie de pouvoir revenir à l’essentiel : être pleinement présente avec les personnes qui sont là, enseigner, partager, accompagner… sans avoir en permanence une partie de mon esprit occupée par l’organisation.
C’est finalement ce que j’aime le plus dans les retraites : voir des personnes qui ne se connaissent pas arriver avec leurs histoires, leurs personnalités et leurs vies complètement différentes, et observer ce qui se crée lorsqu’on leur offre quelques jours hors de leur quotidien.
Le yoga devient alors presque un langage commun.
C’est cette dimension humaine et collective qui me donne envie de continuer à créer ces expériences.
Qu’est-ce que tu aimerais que les gens retiennent après un séjour avec toi ?
Avant tout, une sensation. Celle d’avoir respiré un peu plus grand pendant quelques jours.
J’aimerais qu’ils aient découvert des possibilités qu’ils ne soupçonnaient pas dans leur corps, qu’ils se sentent plus confiants, plus curieux, plus libres.
Mais j’aimerais aussi qu’ils repartent avec des rencontres, des souvenirs, des paysages et cette sensation particulière d’avoir vécu quelque chose qui ne ressemblait pas tout à fait à leur quotidien.
Et peut-être avec l’envie de laisser un peu plus de place à la douceur dans leur vie.
Où peut-on te retrouver en dehors des retraites Yogascope ?
Un peu partout dans le monde !
J’enseigne des formations, workshops et retraites en France et à l’étranger, notamment à Paris, et j’organise mes propres voyages et retraites avec Interludes of Softness.
J’ai aussi créé mon studio en ligne autour de ma méthode The Softness of Flexibility, pour permettre de pratiquer avec moi depuis n’importe où.
Et une partie importante de mon travail passe par mon association De la Douceur pour Soi, à travers laquelle nous essayons de rendre ces pratiques accessibles à des personnes qui n’y auraient pas forcément accès autrement, notamment dans des camps de réfugiés en Afrique.
Parce que ma pratique du yoga a aussi changé ma manière de regarder le monde.
Pour moi, la spiritualité n’a de sens que si elle dépasse les limites de notre tapis. Si apprendre à être plus doux avec soi nous apprend aussi à regarder l’autre avec davantage d’humanité. Si notre pratique nous rend plus présents, mais aussi plus conscients du monde auquel nous appartenons.
Tes réseaux sociaux/site internet :
Instagram : Alicegirardyoga
Site web: alicegirardyoga.com
Studio en ligne : app.alicegirardyoga.com
Un mot pour la fin ?
Je crois que pendant longtemps, j’ai pensé que le yoga était une manière d’aller quelque part.
Plus loin dans une posture. Plus loin dans mon corps. Plus loin dans ce que je pensais possible.
Aujourd’hui, je le vois davantage comme un chemin de retour.
Revenir au corps quand le mental fait trop de bruit. Revenir au souffle quand tout va trop vite. Revenir à soi quand on s’est un peu perdu dans ce que le monde attend de nous.
Et puis, paradoxalement, plus j’ai appris à revenir à moi, plus j’ai appris à aller vers l’autre.
À écouter. À rencontrer. À rester curieuse de ce que je ne comprends pas. À voir ce qui nous relie derrière tout ce qui semble nous séparer.
C’est peut-être là que se trouve pour moi la dimension la plus spirituelle du yoga.
Se rappeler que nous ne sommes pas séparés.
De notre corps.
Des autres.
De la nature.
Du monde que nous habitons.
Et créer, encore et encore, des espaces où l’on peut s’en souvenir.

