« Être plus qu'une mère » : Émilie, coach et thérapeute, nous parle de ce que les femmes taisent après la maternité

Pour la fête des mères 2026, on aurait pu vous proposer une liste de cadeaux pour maman soigneusement emballés. On a choisi autre chose : une conversation qui fait du bien, avec quelqu'un qui passe ses journées à écouter ce que les mères n'osent presque jamais dire à voix haute.

Émilie est coach, thérapeute, et fondatrice de La Maison des Sens. Depuis dix ans, elle accompagne des femmes qui ont l'air d'aller bien et qui pourtant ne se reconnaissent plus. Des femmes qui aiment profondément leurs enfants, et qui se demandent en silence si être maman doit vraiment coûter si cher à qui elles sont. Elle vient de publier un livre qui porte cette question en titre, et on lui a posé les questions qu'on pose rarement autour de la fête des mamans : pas "comment être une bonne maman", mais comment rester soi en le devenant.

Ce qu'elle nous a répondu méritait d'être lu.

 

Émilie, vous êtes coach, logothérapeute et fondatrice de Maison de Sens. Qu'est-ce qui vous a amenée à vous spécialiser dans l'accompagnement des mères ?

L’envie d’être « du côté des mères » s’est imposée à moi comme une évidence, après avoir souffert d’un désert d’accompagnement dans ma propre aventure maternelle. J’accompagne des femmes en coaching / thérapie quand je les vois disparaître derrière les injonctions associées au rôle maternel. Parce que les mères me touchent, parce qu’elles sont encore trop souvent seules en charge de l’organisation familiale et domestique, et parce que notre culture valorise énormément le dévouement maternel. Et puis parce que la continuité et la protection de l’identité des femmes dans la maternité sont encore des sujets très peu abordés.
Ce qui me frappe depuis dix ans, c’est le nombre de femmes qui me disent : “Je ne sais plus qui je suis”, alors qu’extérieurement, tout semble tenir, qu’elles ont l’air d’aller bien. Il y a là une souffrance existentielle, très dure à reconnaître. Mon travail est né là : aider les femmes à redevenir sujets de leur propre vie, sans opposer amour maternel et identité féminine. 

Votre livre s'intitule "Être plus qu'une mère", c'est un titre fort. Que vouliez-vous dire à celles qui le liraient dès la couverture ? 

Avec ce titre, je voulais soulever une question presque interdite : une femme peut-elle aimer ses enfants, sans pour autant se réduire au rôle maternel ? “Être plus qu’une mère”, ce n’est pas être “moins mère”. C’est refuser l’effacement de soi comme prix à payer pour donner la vie. 

C’est refuser l’idée qu’une femme devrait disparaître derrière les besoins des autres pour être considérée comme une “bonne mère”.
Je voulais aussi dire aux lectrices dès la couverture : ce que vous ressentez est légitime. Le vide, la confusion, la perte d’élan, parfois même la colère ou la tristesse après la maternité ne font pas de vous des mauvaises mères. Ce sont plutôt les témoins qu’une partie de votre identité demande à être retrouvée.
Le livre parle beaucoup de cette fracture silencieuse entre le rôle social et les besoins authentiques que ressentent les femmes à l’intérieur d’elles-mêmes, sans toujours s’autoriser à leur faire de la place. 

La logothérapie, la thérapie du sens, est encore peu connue du grand public. Comment l'appliquez-vous concrètement dans votre travail avec les mères ?

La logothérapie part d’une idée centrale : en tant qu’êtres humains, nous avons besoin de donner du sens à nos vies, à ce que nous traversons, et comme le sens est par nature personnel, il devient un moyen de mieux nous comprendre, et de mieux nous connaître. Avec les mères que j’accompagne, le sens leur permet de mieux comprendre leur histoire, les impacts du passé dans leur présent, et de se repositionner dans leur vie. 

Concrètement, je travaille beaucoup autour des sources de sens et de non-sens dans leur quotidien. Où se sentent-elles vivantes, authentiques, elles-mêmes ? Où se sentent-elles éteintes ? Qu’est-ce qu’elles ont abandonné d’elles-mêmes ? Quelles valeurs veulent-elles transmettre à leurs enfants, et incarnent-elles encore ces valeurs dans leur propre vie ?
La logothérapie aide aussi à sortir d’une posture de fatalité. Elle ne nie pas les contraintes réelles, mais elle rappelle qu’il existe toujours une marge de liberté intérieure : dans notre regard, nos choix, notre attitude face aux circonstances de notre vie. 

C’est une approche résolument lumineuse, qui donne beaucoup de force. 

Dans votre approche, vous parlez de "posture active et responsable". En yoga, on dit souvent que la posture est autant intérieure qu'extérieure. Est-ce que cette idée de trouver son équilibre entre ancrage et mouvement résonne avec ce que vous proposez aux mères ? 

Oui, profondément. Je trouve d’ailleurs qu’il y a quelque chose de très proche entre certaines approches du yoga et ce que je transmets dans mes accompagnements. Beaucoup de mères vivent dans une forme de déséquilibre permanent : soit elles s’oublient totalement dans le don aux autres, soit elles culpabilisent dès qu’elles tentent de reprendre de la place pour elles-mêmes.
Or, je crois que l’équilibre n’est pas l’immobilité, mais un ajustement permanent. C’est une capacité à rester reliée à soi tout en étant reliée aux autres.

Dans mon travail, j’essaie d’aider les femmes à retrouver un axe intérieur. Ce n’est pas une quête de performance à ajouter au reste, pas un idéal inaccessible, mais quelque chose de plus fort et plus stable en elles. C’est une manière de ne plus vivre uniquement en réaction aux besoins des autres, ni aux événements extérieurs.
Je crois qu’une mère qui reste reliée à elle-même offre aussi quelque chose de très précieux à ses enfants : un modèle de présence et de respect de soi, et pas une confusion entre amour et sacrifice. 

Beaucoup de femmes qui pratiquent le yoga témoignent que c'est l'un des rares moments où elles existent pour elles-mêmes. Est-ce que vous recommandez ce type de pratique à vos clientes, et plus largement, comment une mère peut-elle créer ces espaces de retour à soi au quotidien ? 

Oui, souvent, d’autant que ça a été essentiel pour moi dans ma propre histoire. Le yoga n’est pas une injonction bien-être supplémentaire, mais un espace de retrouvailles avec soi. Beaucoup de femmes vivent tellement tournées vers l’extérieur qu’elles ne savent même plus ce qu’elles ressentent, ce qu’elles désirent, ce qui les traverse.
Le corps devient alors une porte d’entrée essentielle. Cela peut aussi être la marche, la respiration, l’écriture, la danse, parfois simplement prendre du temps pour soi, en silence, dans sa voiture en rentrant chez soi… Je recommande à chacune de chercher des espaces où elles cessent d’être uniquement « fonctionnelles ».

Je crois aussi qu’il faut sortir d’une vision idéalisée du temps pour soi. Beaucoup de mères pensent qu’il faudrait une heure de pratique parfaite, un week-end seule ou une retraite pour se retrouver. Bien sûr que ça aide ! Mais la reconstruction de soi passe aussi par des micro-gestes au quotidien : quelques minutes où l’on revient à soi pour se demander ce que l’on ressent, au lieu de prendre son téléphone. Un déjeuner sans se dissocier mentalement. Une limite qu’on pose. Dire non. S’asseoir à table au lieu de servir tout le monde. Écouter une envie et s’autoriser à l’assouvir. 

Souvent, le retour à soi commence de manière très humble. Mais il change profondément la manière de se sentir à sa place dans sa propre vie.

Ce que dit Émilie, au fond, c'est que le vrai cadeau fête des mères — celui qui dure au-delà du dimanche — n'est ni une bougie ni un soin. C'est la permission de reprendre de la place. La permission de ne pas disparaître. Et ça, ça ne s'offre pas dans un coffret : ça se cultive, doucement, dans les micro-gestes du quotidien qu'elle décrit avec une précision qui fait écho à beaucoup d'entre nous.

Si cet entretien vous a touchée, c'est peut-être le signe que quelque chose en vous demande à être entendu. Le yoga, la respiration, un espace de silence, une retraite : ce ne sont pas des luxes réservés aux femmes sans enfants. Ce sont parfois exactement ce dont une mère a besoin pour se retrouver — et offrir à ceux qu'elle aime une présence qui vient d'un endroit plein, et pas d'un endroit épuisé. Chez Le Yogascope, on croit à ça. On a sélectionné des séjours bien-être pensés pour les femmes qui veulent se retrouver — pas pour fuir leur vie, mais pour mieux y revenir.

Bonne fête des mères. À toutes les femmes qui donnent beaucoup, et qui méritent de recevoir aussi.

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